Entretenir et restaurer les tapis

Objet de la vie quotidienne, le tapis est soumis à rude épreuve. Usures, trous, déchirures, les dommages sont nombreux et demandent souvent l’intervention de spécialistes. Néanmoins, un entretien régulier et quelques précautions élémentaires peuvent en assurer la bonne conservation.
Le tapis n’est pas un objet décoratif comme les autres : à l’usage, il a tôt fait de se fragiliser. Quelques conseils pratiques scrupuleusement observés permettent cependant d’en prolonger la durée de vie et de lui garder tout son éclat. La première précaution consiste évidemment, comme pour tous les textiles, à le protéger d’une trop forte exposition au soleil, qui fait passer les couleurs.

Si un tapis n’est pas entretenu, les trames deviennent cassantes, rendant difficile toute réparation. Son premier ennemi est la poussière ; elle s’incruste dans le tapis. Pour s’en débarrasser, il est fortement déconseillé de le secouer par la fenêtre, car cela risquerait de briser les trames, de faire glisser les nœuds et d’abîmer les franges. Combinée à l’humidité, la poussière provoque par ailleurs un raidissement de la trame, responsable des déchirures. Un dépoussiérage en profondeur est donc conseillé tous les cinq ou six ans ; il est même nécessaire avant tout lavage.

Nettoyer son tapis soi-même n’est pas recommandé. Les colorants chimiques, généralement utilisés dans la deuxième moitié du XIXe et au XXe siècle, n’étant pas aussi stables que les colorants naturels, un lavage inadéquat risquerait de leur nuire de façon irrémédiable en faisant dégorger les couleurs. De même, le nettoyage à sec est proscrit. Il existe des spécialistes qui utilisent des produits spéciaux dont le rôle est de fixer les couleurs. Le nettoyage permettra de les raviver, de regonfler la laine, et il en coûtera environ 120 francs le m2.

Les tapis noués
Le nettoyage est un préalable indispensable à la plupart des opérations de restauration : il est en effet utile de connaître la couleur de la laine propre avant de choisir les matériaux nouveaux, afin de les accorder aux anciens. En raison des prix très élevés des colorants naturels, les laines utilisées aujourd’hui sont colorées chimiquement. Il y a bien longtemps qu’en Turquie et en Iran, ces procédés ont été adoptés. Fort heureusement, les colorants sont relativement stables, contrairement à ceux qu’on utilisait avant la Seconde Guerre mondiale.

Les tapis peuvent présenter plusieurs types de détérioration, chacune réclamant une intervention particulière. À ce stade, il faut déplorer la baisse de qualité des laines depuis une cinquantaine d’années. Ainsi, pour la fabrication des tapis récents, les moutons ne sont plus tondus au bon moment et les laines utilisées souvent mélangées avec d’autres composants. Se pose également le problème des soies artificielles, qui ne sont en fait que des cotons mercerisés. Autant de paramètres à considérer au moment d’engager une restauration.

Usures
En Orient, les tapis étaient roulés à l’arrivée du printemps et n’étaient souvent foulés que par des personnes déchaussées ; aussi étaient-ils moins sujets à l’usure. Le piétinement répété est certainement la source la plus importante d’usure ; il faut donc éviter d’installer un tapis précieux dans un endroit très passant, ou encore sous un bureau ou devant un canapé. L’idéal serait de les déplacer régulièrement pour ne pas toujours exposer les mêmes parties au piétinement. De plus, tous ne sont pas aussi résistants ; leur solidité dépend du nombre de nœuds au décimètre carré : plus son nouage est serré, plus le tapis s’usera lentement.

Souvent, les pièces sont largement usées sur toute leur surface. Dans ce cas, il ne faut pas attendre que la trame et la chaîne soient trop découvertes. Car si la trame est trop usée, il n’est plus possible de refaire des nœuds. Le remplacement de tous les nœuds étant rarement envisageable pour des raisons de coût, la restauration se limite aux parties les plus usées, sur lesquelles les nœuds sont refaits. De même, lorsque le tapis est défiguré par des taches indélébiles, il faut se résoudre à refaire les nœuds sur cette zone. Si la tache, provoquée par un liquide quelconque, a été découverte immédiatement, il faut la nettoyer avec un chiffon humide en se gardant d’utiliser tout produit détachant.

Lisières et bordures
Les lisières, par nature plus fragiles, doivent faire l’objet d’une grande attention : le plus souvent en coton, elles ne sont pas couvertes par un velours de laine. Si le problème est traité rapidement, un point d’arrêt suffit généralement pour protéger les bordures et évite d’engager par la suite une opération plus coûteuse. Cela représente plus de la moitié des restaurations.

Les propriétaires de tapis n’ayant pas toujours pris les précautions nécessaires, les bordures doivent être restaurées. Sans cet encadrement, la pièce perd une grande partie de sa valeur : les amateurs sont en effet sensibles à un tapis complet. Les restaurations peuvent porter sur quelques lignes seulement, voire une bordure entière, car le piétinement a souvent raison de ce morceau très exposé. Dans ce cas, il est particulièrement important de connaître les couleurs exactes, après nettoyage, des parties restantes.

Les trous
Si l’usure n’est pas reprise à temps, le tapis finit par se trouer. Des causes diverses sont à l’origine des trous. Les mites sont parmi les principales responsables, particulièrement sur les taches. Si le tapis est roulé, l’antimite s’impose. L’eau est également un danger : fuyant d’un pot de fleurs, par exemple, elle entraîne le pourrissement des fibres, donc l’apparition de trous. Il convient par ailleurs de se méfier des talons aiguilles et des pieds de meubles trop lourds.

Si les mites sont responsables du dommage, un démitage est nécessaire avant toute restauration. Celle-ci passe par plusieurs étapes : le restaurateur refait d’abord une trame et une chaîne, puis les nœuds, en ayant soin d’identifier le type de nœud et de reconstituer les motifs. À la fin de l’opération, la laine est couchée au fer pour égaliser la hauteur de tous les nœuds.

Les tapis tissés
Nous avons jusqu’ici parlé uniquement des tapis noués ; aussi faut-il évoquer encore les tapis tissés, plus connus sous le nom de kilims. À la différence des précédents, ils ne comportent pas de trame, mais seulement une chaîne. Plus fragiles, ils s’usent plus rapidement, surtout sur les bords, puisqu’ils n’ont pas de lisières. Le relais entre deux couleurs, qui crée une sorte de trou, est l’autre point faible du kilim. Toutefois, ils se restaurent plus facilement.


Le Journal des Arts