Histoire de tapis

Les tapis persans sont la représentation d’une création artistique dont l’origine remonte à plus de 2500 ans. Les Iraniens ont fait partie des premiers tisserands de tapis des civilisations antiques. Des siècles de créativité et de talent s’appuyant sur les richesses de leur passé leur ont forgé une réputation unique dans le monde.
Le tapis est le degré ultime de l’expression de la beauté et du raffinement pour un Iranien. Alors que le mode de vie occidental et sa société de consommation sont de plus en plus présents en Iran, le tapis persan demeure une source d’immense fierté pour le peuple iranien.
Aujourd’hui, les tapis persans sont considérés comme des produits de luxe dans la plupart des pays, mais ça n’a pas toujours été le cas. Les tribus nomades qui peuplaient la Perse les utilisaient par nécessité. Le tapis était pour eux un instrument répondant à un besoin primaire : se protéger du froid glacial de l’hiver. Leur rôle était de couvrir le sol et l’entrée pour mieux préserver les tribus des aléas climatiques. Ils sont ensuite au fil du temps devenus des objets d’art. Leurs motifs variés et leurs couleurs éclatantes ont apporté aux populations un peu de gaité dans un monde qui pouvait être très dur. Les premiers tapis étaient souvent de taille réduite, leur taille dépendant évidemment de celle de la tente ou de la chambre dans laquelle habitaient les personnes.
Le tapis avait également une autre fonction : il était un livre ouvert sur lequel les populations pouvaient inscrire leurs rêves, leur vision de la vie, leurs envies, leurs bonheurs. Il est aussi devenu un objet religieux, en étant utilisé comme tapis de prière par des milliers de musulmans pratiquants.

Au fil du temps, les pères ont transmis leurs talents et leurs savoirs aux fils qui s’en sont imprégnés et les ont améliorés. Les secrets des tisserands sont ainsi passés de générations en générations.
Pour réaliser un tapis, il faut énormément de patience et de ténacité. Malgré un nombre très élevé de travailleurs sur chaque tapis, il fallait des mois et même des années d’un travail acharné pour arriver à finaliser le chef d’œuvre convoité.
Pour donner ses consignes, le maître chantait aux tisserands la couleur des brins de laine à utiliser ou le nombre de nœuds qu’il fallait encore exécuter.
Quand le travail devait s’interrompre pendant une certaine durée, on décrochait le tapis du métier et on l’enroulait le plus délicatement possible pour pouvoir le reprendre et le continuer la saison d’après.

Plusieurs matériaux étaient utilisés pour la réalisation du tapis. La trame et la chaîne étaient constituées de coton. Les brins étaient en laine, provenant directement des troupeaux de moutons qui entouraient les tribus. Le climat froid des montagnes permettait aux moutons de produire une laine dense et fine, d’excellente qualité.
Une des particularités des tapis persans est l’utilisation de couleurs particulièrement chatoyantes qui garnissaient les motifs délicats. Le secret de fabrication des colorants était précieusement gardé par chaque famille de tisserands.
Les matières premières utilisées dans la confection des tapis (soie, coton, laine) étant altérables, c’est pourquoi les premiers tapis ont presque tous disparus.
Cependant en 1949 un Russe, le professeur Rudenko, a découvert en réalisant des fouilles de tumulus dans les monts de l’Altaï (Sibérie), le plus ancien tapis perse connu jusqu’à ce jour. Désigné sous le nom de « tapis Pazyryk », il est constitué de laine nouée par des nœuds Ghiordes. Le centre du tapis est de couleur rouge foncé et il présente deux larges bordures dans lesquelles sont représentés des cerfs pour l’une et dans l’autre, des chevaliers persans. Ce tapis date du Vème siècle et se trouve aujourd’hui au musée de l’Hermitage à Leningrad (Russie).
 
   
Après cette époque, une ère importante pour le tapis de Perse fut celle de la dynastie Sassanide, du IIIème siècle au VIIème siècle après J.C.. A partir du VIème siècle, le tapis persan a connu une renommée internationale et s’est retrouvé commercialisé dans des contrées lointaines. C’est à cette époque qu’a été réalisé un très important tapis, emblème d’une splendeur absolue.
Il demeura une source d’inspiration dans de nombreux domaines artistiques : la poésie, les arts et aida les Perses à garder le moral tout au long des siècles ultérieurs. Il a aussi servi de modèle pour les tisserands qui suivirent mais bien que beaucoup aient tenté leur chance, même les plus adroits ne réussirent pas à égaler le tapis persan.
Avec l’effondrement de la dynastie Sassanide, du VIIème au XIIème siècle, la fabrication des tapis persans a plutôt stagné dans de nombreux endroits, même si on retrouve des traces d’une industrie assez florissante sur la côte sud de la mer caspienne (dans les régions du Gilan et du Mazandaran), particulièrement autour des tapis de prière, au VIIIème et IXème siècles.

L’apogée du tapis persan aura lieu au XVIème siècle, avec l’arrivée au pouvoir de la dynastie Safavide. Le Shah Ismail monte sur le trône en 1499 et décide de développer la fabrique de tapis à l’échelle du pays tout entier. Il sera pris en exemple par tous les pays entourant la Perse. Un des Shahs les plus connus de cette époque, le Shah Abbas, a radicalement transformé les modes de production. Dans la capitale Ispahan, il a développé l’expertise dans la fabrication de tapis royaux et entraîné des tisserands à exécuter des commandes de plus en plus raffinées.

Shah Abbas Safavid (Chehel sotoun, Isfahan-Iran)

Les tapis les plus célèbres de cette époque datent de 1539 et se trouvaient dans la mosquée d’Ardabil. Les spécialistes en la matière s’accordent à dire qu’ils constituent le summum de la perfection dans la fabrication d’un tapis. Le centre du tapis est occupé par un médaillon, le fond indigo vif est parsemé de motifs floraux. Un des tapis, le plus grand, se trouve actuellement à Londres, au Victoria London and Albert muséum. Un deuxième tapis est conservé aux Etats-Unis, au musée du comté de Los Angeles.
 
C’est également à cette époque que le Shah Abbas a encouragé l’utilisation de fils d’or et d’argent dans les tapis. Une des plus belles réussites a été le tapis du couronnement, constitué de velours avec des parements d’or brillants ornant le fond. Il se trouve aujourd’hui au château de Rosenburg à Copenhague.
Le XVIIème siècle a vu l’usage des tapis se développer et les produits de luxe étaient très demandés. Pour orner le sarcophage du Shah Abbas II, des tapis de soie tissée d’un raffinement extrême ont été réalisés. Ils étaient d’une telle qualité que l’on croyait avoir devant soi du velours. Ils furent la dernière réalisation prestigieuse de cette époque en Perse. Les richesses de la cour ont ensuite diminué et il n’y eut plus que des commandes de tapis de qualité moindre.

Quand Ispahan, la capitale du Shah Abbas, a été envahie en 1722, le tissage des tapis est retourné dans les mains des tribus nomades qui avaient conservé leurs traditions et leurs savoir-faire ancestraux et aussi dans certains centres comme Josheghan, Kerman, Mashhad et l'Azerbaïdjan.
Pour garantir la qualité des tapis, le gouvernement a pris des mesures très strictes et a retiré les tapis de médiocre qualité. Les maîtres tisserands ont été fortement encouragés à augmenter la qualité de leurs productions, sous peine d’amendes. Ces efforts ont payé et ont permis une renaissance de l’artisanat de haute qualité.
A Téhéran ont été créées une école de design et la société des tapis d’Iran, afin de afin de renouer avec les pratiques authentiques et de faire des recherches et des études sur les grandes productions des XVème et XVIème siècles.